Médecins généralistes et spécialistes

Afficher vos honoraires n'est pas de la publicité. C'est ce qu'on attend de vous.

Dans ses recommandations sur la communication professionnelle, le Conseil national de l'Ordre demande au médecin libéral de préciser les honoraires qu'il pratique habituellement, sous forme de fourchettes. Ouvrez cinq sites de cabinets autour de vous : vous n'y trouverez pas un seul montant.

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Le constat

Votre site date d'avant décembre 2020

Pas forcément par sa date de création — par sa façon d'écrire. Pendant des décennies, l'article R.4127-19 du Code de la santé publique interdisait aux médecins « tous procédés directs ou indirects de publicité ». Le réflexe qui en découle est encore partout : ne rien dire, ou en dire le moins possible, par crainte d'un rappel à l'ordre.

Le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020 a changé la règle. L'article R.4127-19 se réduit désormais à une seule phrase — « La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce » — et un nouvel article, R.4127-19-1, ouvre expressément la communication : « Le médecin peut communiquer au public par tous moyens, y compris internet, des informations contribuant au libre choix du praticien, concernant notamment ses compétences, son parcours et ses conditions d'exercice. »

Six ans après, la plupart des sites de cabinets écrivent encore comme si le texte n'avait pas bougé. Ce n'est pas de la prudence, c'est un manque à gagner : le patient qui ne comprend pas ce que vous faites, ce que ça coûte et comment vous joindre ne vous appelle pas. Il appelle ailleurs, ou il ne consulte pas.

Ce qui est permis

Beaucoup plus que ce que vous écrivez aujourd'hui

L'article R.4127-19-1 pose trois conditions, et trois seulement, à ce que vous publiez : la communication doit être « loyale et honnête », elle « ne fait pas appel à des témoignages de tiers », et elle ne repose pas sur des comparaisons avec d'autres médecins. Tout le reste vous est ouvert.

  • Vos compétences et votre parcours — diplômes, formations reconnues, titres, langues parlées, orientations de pratique.
  • Vos conditions d'exercice — secteur conventionnel, modalités de prise de rendez-vous, accessibilité du cabinet, délais habituels, téléconsultation.
  • Vos honoraires — c'est le point que presque personne n'applique, et j'y reviens ci-dessous.
  • De l'information médicale — le II de l'article vous autorise à publier des informations scientifiquement étayées sur votre discipline ou les enjeux de santé publique, à condition qu'elles soient « formulées avec prudence et mesure » et qu'elles ne présentent pas « comme des données acquises des hypothèses non encore confirmées ».

Le contrepied qui change tout : les honoraires

Le III de l'article R.4127-19-1 précise que votre communication doit tenir compte des recommandations du Conseil national de l'Ordre. Ces recommandations ne se contentent pas d'autoriser l'information tarifaire : elles attendent du médecin en exercice libéral qu'il précise les honoraires qu'il pratique habituellement, sous forme de fourchettes, et qu'il rappelle son obligation d'assurer le tiers payant aux bénéficiaires qui y ont droit.

Autrement dit : la seule chose que la profession vous demande explicitement de publier est justement celle que vos confrères omettent. Un patient qui hésite à consulter un spécialiste hésite très souvent sur le montant du dépassement. Répondre à cette question, avant qu'il ne la pose, est à la fois conforme et efficace.

Les limites

Les cinq lignes à ne pas franchir

  1. 1

    Aucun témoignage, avis ou remerciement de patient

    Le texte est explicite : la communication « ne fait pas appel à des témoignages de tiers ». Les recommandations ordinales précisent l'étendue de l'interdiction — ni « notations, évaluations, commentaires, remerciements ou témoignages de patients ou de tiers ». Le carrousel d'étoiles en bas de page, la lettre de remerciement encadrée, la moyenne d'avis affichée : tout cela sort.

  2. 2

    Aucune comparaison avec un confrère

    Les recommandations visent nommément les « comparatifs sur les délais de prise en charge, les tarifs ou les actes pratiqués par d'autres médecins ». « Consultation sous 48 h, contre trois semaines ailleurs » vous expose. La comparaison implicite compte aussi : « le seul à proposer », « contrairement à d'autres cabinets ».

  3. 3

    Aucun référencement payant ni prioritaire

    C'est la contrainte structurante, et elle est rarement expliquée. Il vous est interdit « d'obtenir contre paiement ou par tout autre moyen un référencement numérique faisant apparaître de manière prioritaire » vos informations. Pas de Google Ads, pas d'achat de mots-clés, pas de place achetée dans un annuaire.

    Notez la formule : « ou par tout autre moyen ». Elle ne vise pas seulement l'argent. Tout procédé destiné à vous faire remonter artificiellement tombe dedans.

  4. 4

    Les hashtags de visibilité — oui, vraiment

    Celui-là surprend tout le monde. Les recommandations ordinales considèrent le recours aux hashtags destinés à augmenter la visibilité comme « une stratégie promotionnelle du médecin », assimilée aux moyens de référencement proscrits. Le post Instagram légitime qui se termine par #medecin #Rennes #santé n'est pas un détail de forme.

  5. 5

    Toute apparence commerciale

    « La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce » est resté. Les chambres disciplinaires en tirent des conséquences très concrètes : des offres promotionnelles publiées par un médecin sur le site d'un centre esthétique ont déjà été sanctionnées. Pack, forfait, remise, première consultation offerte, parrainage : aucun de ces mots n'a sa place sur votre site.

Le retournement

Il ne vous reste que la qualité de votre texte

Regardez ce que ces cinq règles vous retirent : la preuve sociale achetée, la supériorité affichée, la place payée en haut des résultats, l'offre d'appel. Ce sont les quatre leviers d'un marketing ordinaire. Vous n'en avez aucun.

Il vous reste un seul levier, et il est intact : dire clairement ce que vous faites, pour qui, dans quelles conditions et à quel prix. C'est du contenu organique — lent à installer, mais que personne ne peut vous racheter. Un concurrent qui dispose d'un budget publicitaire ne peut pas l'utiliser contre vous : il est soumis aux mêmes règles.

Le terrain est plat. Ce qui départage deux cabinets, c'est la qualité de ce qui est écrit. C'est une bonne nouvelle si vous décidez de vous en occuper, et une mauvaise si vous laissez votre site en l'état.

Concrètement

Ce que je réécris dans un cabinet médical

  • La page d'accueil — votre spécialité, les motifs de consultation les plus fréquents, votre secteur conventionnel, et la façon de prendre rendez-vous. Compréhensible en dix secondes par quelqu'un d'inquiet.
  • La page honoraires — fourchettes par type de consultation, secteur, dépassements éventuels, tiers payant. C'est la page attendue par les recommandations et la plus rassurante pour le patient.
  • Les pages par motif de consultation — une page par situation à forte hésitation plutôt qu'une liste d'actes : ce qui se passe pendant la consultation, la durée, ce qu'il faut apporter, ce qui suit.
  • La page « premier rendez-vous » — documents à prévoir, durée, déroulé. Elle réduit les appels de secrétariat autant que les rendez-vous manqués.
  • La page équipe — parcours, diplômes, formations, langues parlées. Autorisée sans réserve, et presque toujours vide.
  • Le nettoyage de ce qui vous expose — témoignages, comparaisons, formulations promotionnelles héritées d'une ancienne agence.

Trois formats possibles : un audit complet de l'existant, la réécriture des pages services, ou une page dédiée à un motif de consultation à forte valeur. Les tarifs et les délais figurent sur la page d'accueil.

Autre profession de santé ? Le cadre est voisin mais les articles diffèrent. J'ai détaillé celui des cabinets dentaires et celui des cabinets de kinésithérapie.

Transparence

Ce que je ne ferai pas

Je ne rédigerai pas de témoignages de patients, ni sous forme de « paroles de patients », ni sous forme de cas anonymisés présentés comme des retours. Je ne vous placerai pas au-dessus d'un confrère. Je n'écrirai pas de promesse de guérison. Et je ne vous vendrai pas de campagne pour remonter dans les résultats : vous n'y avez pas droit, et facturer une prestation interdite serait un curieux début de collaboration.

Je ne suis pas juriste. Je travaille dans ce cadre, je vous signale ce qui me paraît limite, mais la validation finale de votre communication vous appartient — et celle de votre conseil départemental de l'Ordre en cas de doute. C'est aussi pour ça que je vous cite les textes plutôt que de vous demander de me croire.

Références citées : articles R.4127-19 et R.4127-19-1 du Code de la santé publique, dans leur version issue du décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020, et recommandations du Conseil national de l'Ordre des médecins sur la communication professionnelle. Textes consultables sur Légifrance et sur le site du Conseil national de l'Ordre.

Questions fréquentes

Ce qu'on me demande le plus

Publier mes honoraires, ce n'est pas se comporter en commerçant ?

C'est l'inverse. Le commerce, au sens de l'article R.4127-19, c'est la promotion, la remise, l'offre d'appel. L'information tarifaire relève du libre choix du patient, que l'article R.4127-19-1 cherche précisément à éclairer. Une fourchette factuelle, sans adjectif et sans comparaison, ne pose aucune difficulté.

Et les avis Google déposés par mes patients ?

La règle porte sur ce que vous publiez. Vous ne pouvez pas afficher ces avis sur votre site, ni les solliciter activement. Les avis déposés spontanément sur une plateforme tierce relèvent d'une autre logique, sur laquelle vous n'avez pas la main. En cas de doute sur une situation précise, votre conseil départemental tranchera mieux que moi.

Je suis en secteur 2. Faut-il l'écrire ?

Oui, et le plus lisiblement possible. Un patient qui découvre le dépassement au moment de payer garde un mauvais souvenir de la consultation. Celui qui l'a lu avant de prendre rendez-vous a déjà accepté. C'est un filtre utile dans les deux sens.

Mon site a été fait par une agence. Faut-il tout refaire ?

Rarement. La structure technique tient presque toujours ; c'est le texte qui ne dit rien, et parfois qui vous expose. L'audit permet de trancher, et je n'ai aucun intérêt à vous vendre une refonte dont vous n'avez pas besoin.

Combien de temps avant de voir un effet ?

Sur le référencement, comptez plusieurs mois : c'est du contenu organique et vous n'avez pas d'accélérateur payant. Sur le taux de prise de rendez-vous des visiteurs déjà présents, l'effet est immédiat, parce qu'il ne dépend que de la clarté du texte.

Un audit de votre site, sans engagement

Trente minutes au téléphone. Je regarde votre site avant l'appel et je vous dis ce qui bloque. Si je pense ne pas être la bonne personne, je vous le dis pendant l'appel.

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